Les jardins de fleurs doivent-ils être riches, équilibrés ou diversifiés ? : Éléments à considérer lors de la plantation de votre jardin

Ce blogue invité fait partie d’une série d’articles rédigés par des étudiants de l’Université Mount Allison, dans le cadre d’un partenariat entre Nature NB et le cours « Applied Native Plants and Pollinator Conservation » (Plantes indigènes appliquées et conservation des pollinisateurs). Merci à la Dr. Emily Austen et aux étudiants pour cette collaboration continue !

Par Jordyn Williams

Syrphe (famille Syrphidae), aussi appelé mouche des fleurs
Bourdon terricole (Bombus terricola) – Photo : dregyn
Papillon monarque (Danaus plexippus) – Photo : Jean Blanchard

Définitions
Richesse spécifique = nombre d’espèces présentes dans une zone donnée. Une zone à forte richesse spécifique contient un grand nombre d’espèces différentes.
Équitabilité spécifique (ou équité) = abondances égale des espèces. Une zone à forte équitabilité présente des espèces en proportions (abondances) similaires.
Diversité spécifique = combinaison de la richesse et de l’équitabilité. Une zone présentant à la fois une forte richesse et une forte équitabilité est considérée comme très diversifiée.

Lien avec les pollinisateurs

Le concept écologique de « diversité » peut être appliqué à la planification d’un jardin de fleurs. Le nombre d’espèces (richesse) et le nombre d’individus par espèce (équitabilité) peuvent avoir un impact important sur les pollinisateurs présents dans un environnement.
Un jardin riche mais peu équilibré fournira des ressources alimentaires à de nombreux pollinisateurs, mais certaines de ces ressources seront limitées. Par exemple, un pollinisateur spécialisé dans la pollinisation du sabot de la vierge rose (Cypripedium acaule) disposera de peu de ressources dans le jardin no 1.
Un jardin équilibré mais peu riche offrira des ressources suffisantes pour certains pollinisateurs, mais pas pour tous. Le pollinisateur spécialisé du sabot de la vierge rose prospérera dans le jardin no 2, car il y trouvera davantage de fleurs à polliniser. En revanche, une espèce incapable de polliniser le sabot de la vierge rose ou le rhododendron du Canada (Rhododendron canadense) ne pourra pas survivre avec les ressources offertes par ce jardin. Les pollinisateurs généralistes, capables de polliniser les deux espèces, pourront utiliser les ressources du jardin, mais leur régime alimentaire sera moins varié.
Un jardin à la fois riche et équilibré est un jardin diversifié. Un jardin diversifié est en mesure de soutenir le plus grand nombre d’espèces de pollinisateurs, car il fournit les ressources nécessaires tant aux espèces spécialisées qu’aux espèces généralistes. Le jardin no 3 offrira suffisamment de ressources aux pollinisateurs spécialisés des quatre espèces de plantes présentes, tout en fournissant aux pollinisateurs généralistes une grande variété de fleurs. Ce type de jardin soutient ainsi une plus grande diversité de pollinisateurs (Ghazoul, 2006).

Lien avec les plantes

L’impact de ce concept écologique sur les plantes à fleurs concerne principalement leur succès reproducteur.
S’il n’y a qu’une seule plante d’une espèce donnée, la reproduction entraînera à la production de clones. Cela engendre une population génétiquement faible et vulnérable (Vallejo-Marín et al., 2010). C’est le cas du jardin no 1 pour le sabot de la vierge rose et le rhododendron du Canada, où chaque espèce n’est représentée que par un seul individu.
Un jardin équilibré mais peu riche peut recevoir moins de visites de pollinisateurs en raison de la faible variété florale, ce qui le rend moins attrayant. Cette situation peut réduire le succès reproducteur des plantes en diminuant la fréquence de pollinisation. En relation avec cela, la présence conjointe de plantes spécialistes (pollinisées par une seule espèce de pollinisateur) et généralistes (pollinisées par plusieurs espèces) dans un jardin est bénéfique pour l’ensemble de la population végétale. En effet, les jardins combinant plantes spécialistes et généralistes attirent davantage de pollinisateurs que ceux composés uniquement de plantes généralistes (Gómez et al., 2007).
Un jardin diversifié favorise le succès de la pollinisation en incitant les pollinisateurs à le visiter plus fréquemment. Il contribue également à accroître la variation génétique au sein de chaque espèce végétale, davantage que l’équitabilité seule, en raison de l’augmentation de la présence des pollinisateurs (Wessinger, 2021). Par ailleurs, un jardin diversifié profite aux pollinisateurs à différents stades de la saison, car les espèces végétales peuvent présenter des phénologies de floraison variables, fleurissant à différents moments. Offrir une diversité de plantes à fleurs aux phénologies variées permet ainsi de rendre les ressources alimentaires disponibles sur une plus longue période (Petanidou et al., 2014).

Vue d’ensemble

Dans l’ensemble, afin de soutenir les pollinisateurs locaux, il est préférable de planter un jardin diversifié (jardin no 3), idéalement composé de plantes indigènes, comme celles illustrées ci-dessus. Pour qu’un jardin diversifié profite réellement aux pollinisateurs locaux, il est important de se renseigner sur leurs sources alimentaires optimales. Les plantes indigènes fournissent les signaux olfactifs et visuels nécessaires à l’attraction des pollinisateurs, contrairement à certaines plantes exotiques qui peuvent ne pas être reconnues par les espèces locales (Corbet et al., 2001).
Planter une grande variété de plantes est bénéfique à long terme, car les plantes auront un succès reproductif et une santé accrus. Il en résulte un environnement luxuriant, capable de soutenir l’ensemble des pollinisateurs locaux et de mieux résister aux maladies grâce à sa variabilité génétique. Un jardin diversifié est également mieux adapté pour soutenir les pollinisateurs tout au long de la saison, lorsque la phénologie (l’apparition des fleurs au fil du temps) est prise en compte.
Enfin, au-delà de tous les avantages liés à la pollinisation, un jardin plus diversifié est également beaucoup plus joli, comme on peut le voir ci-dessous ! Pour vous assurer que votre jardin est aussi diversifié que possible, consultez des guides de pollinisateurs adaptés à votre région.

Références

Corbet, S. A., Bee, J., Dasmahapatra, K., Gale, S., Gorringe, E., La Ferla, B., … & Vorontsova, M. (2001). Native or exotic? Double or single? Evaluating plants for pollinator-friendly gardens. Annals of Botany, 87(2), 219-232.
Ghazoul, J. (2006). Floral diversity and the facilitation of pollination. Journal of ecology, 295-304.
Gómez, J. M., Bosch, J., Perfectti, F., Fernández, J., & Abdelaziz, M. (2007). Pollinator diversity affects plant reproduction and recruitment: the tradeoffs of generalization. Oecologia, 153, 597-605.
Petanidou, T., Kallimanis, A. S., Sgardelis, S. P., Mazaris, A. D., Pantis, J. D., & Waser, N. M. (2014). Variable flowering phenology and pollinator use in a community suggest future phenological mismatch. Acta Oecologica, 59, 104-111.
Vallejo-Marín, M., Dorken, M. E., & Barrett, S. C. (2010). The ecological and evolutionary consequences of clonality for plant mating. Annual Review of Ecology, Evolution, and Systematics, 41(1), 193-213.
Wessinger, C. A. (2021). From pollen dispersal to plant diversification: genetic consequences of pollination mode. New Phytologist, 229(6), 3125-3132.

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