5 Questions avec Brad Perry

L’éclipse solaire totale de 2024 étant à nos portes au Nouveau-Brunswick, nous sommes tous soudainement intéressés à regarder le ciel ( et faisons-le en toute sécurité, si nous essayons !). Brad Perry, de Fredericton, s’intéresse à la photographie du ciel nocturne depuis plus de dix ans. Devenu un photographe de nuit accompli, il animera un atelier lors de l’EclipseFest, dans sa ville natale. Dans cette rubrique « Cinq questions », il nous fait part de son expérience en matière de capture des phénomènes célestes.

1. Qu’est-ce qui vous a inspiré à vous lancer dans la photographie du ciel nocturne comme passe-temps ?
Je me souviens d’un jour, en 2010 ou 2011, où tous les journaux annonçaient la possibilité de voir une « super lune ». À l’époque, je ne m’intéressais que très modérément à l’astronomie, mais j’ai tout de même pris cela comme une excuse pour sortir ce soir-là avec mon appareil photo. J’aimerais vous dire que ce qui a suivi a été une séance de photos de la lune qui a changé ma vie, mais ce n’est pas le cas. Il se trouve qu’il n’y a rien de vraiment inhabituel à propos d’une super lune par rapport à n’importe quelle autre pleine lune. Sans expérience de ce type de photographie, tout ce que j’ai capturé, c’est la tache lumineuse trop familière dans un cadre sombre. Je suis donc rentré à la maison.
Avant de rentrer chez moi, j’ai posé mon trépied sur la terrasse, dirigé à tâtons mon appareil photo vers les bois au fond de la cour et pris une pose de 30 secondes dans la nuit. À ma grande surprise, la photo obtenue donnait l’impression d’avoir été prise en plein jour ! Cette petite expérience improvisée a fondamentalement changé ma perception de la noirceur et du fait que ce n’est pas parce que nos yeux ne détectent pas la lumière qu’elle n’est pas là. Tout à coup, la capacité de certains animaux à naviguer dans ce que nous percevons comme l’obscurité totale a pris tout son sens – leurs yeux ont la capacité de capter la lumière, ce que les yeux humains ne peuvent pas faire… et c’est aussi le cas d’un appareil photo.
Vers la fin de l’année 2011, ma femme et moi avons déménagé dans une région rurale à l’extérieur de Fredericton, où la pollution lumineuse est très faible – mais je ne le savais pas encore.
Il faudra attendre cinq ans avant que je m’en rende compte, car la maison était pré-équipée de ce qu’on appelle un éclairage Dusk ‘Til Dawn (du crépuscule à l’aube), c’est-à-dire un lampadaire situé directement sur une propriété. Sous sa terrible lueur orange, je sortais mon chien nuit après nuit, ignorant ce qui se trouvait au-dessus de ma tête. Enfin, par une nuit décisive de 2016, cette lumière a brûlé et, pour la première fois, j’ai vraiment vu le ciel nocturne. Il y avait plus d’étoiles que je n’en avais jamais vues ; la voie lactée était visible depuis ma montée. Inutile de dire que cette lampe extérieure est restée hors service. Avec un terrain de jeu de ciel noir littéralement à ma porte, mon voyage de photographie nocturne a commencé.

2. En quoi la pratique de la photographie nocturne a-t-elle influencé votre relation avec la nature ?
La photographie en général a introduit un nouvel objectif dans les moments que je passe en nature. Alors que j’avais l’habitude de mettre mes écouteurs, de me couper du monde et de parcourir le même tronçon de route en pilotage automatique, je garde désormais tous mes sens en éveil. Je laisse libre cours à ma curiosité pour découvrir ce qu’il y a en haut de la colline ou en bas du sentier. Chaque petite promenade, chaque longue randonnée et chaque trajet sur l’autoroute s’est transformé en une quête à la recherche de la prochaine vue ou du prochain point de vue digne d’être photographié.
La photographie du ciel nocturne a changé deux choses pour moi. La première est que je suis pleinement présent lorsque je suis sous les étoiles. Je fais généralement ces prises de vue seul et une fois que l’appareil photo est en marche, il ne reste plus qu’à attendre. Ce sont les moments les plus calmes, où l’on reste immobile et où l’on n’écoute que les bruits de la nuit – les grillons et les grenouilles, la brise dans les arbres, le clapotis de l’eau sur le rivage et le déplacement et le craquement de la glace.
La deuxième chose qui a changé est ma relation avec les saisons et le cycle lunaire. Les couchers de soleil plus tôts en décembre signifient des nuits plus longues sous les étoiles et le retour des constellations hivernales comme Orion et les Gémeaux. Le retour de la Voie lactée aux petites heures d’un matin de février est le premier signe de l’arrivée du printemps. Les nuages sombres qui envahissent la fin d’un après-midi caniculaire de juillet signifient qu’il est possible de poursuivre les éclairs. L’automne apporte ces nuits confortables qui ne sont pas trop tardives, des températures agréables et l’absence de moustiques. Chaque mois, je planifie différents types de photos en fonction des périodes de pleine lune et de nouvelle lune. Il y a un rythme naturel à tout cela et toujours quelque chose à attendre à l’horizon.

3. Quelle est la chose non-astronomique la plus intéressante que vous ayez vue dans la nature en photographiant le ciel nocturne ?
Il y a un immense champ ouvert au bout d’un chemin forestier près de chez moi. C’est l’un de mes endroits préférés pour observer le ciel nocturne. Un soir de juillet de l’année dernière, je m’y suis rendu dans l’espoir d’apercevoir une aurore, mais je suis arrivé pour voir des centaines et des centaines de lucioles. Des lucioles dans toutes les directions qui scintillaient à perte de vue. Le ciel était généralement dégagé, mais au loin, un banc de nuages à l’horizon ouest clignotait également. Des éclairs et des lucioles en même temps : c’est vraiment inoubliable.
4. La prochaine éclipse solaire aura lieu, bien sûr, pendant la journée. En quoi votre approche de la photographie devra-t-elle changer pour cet événement ?
D’une part, la photographie d’éclipse fait appel aux mêmes compétences et connaissances que la photographie de nuit. Vous devez toujours prévoir la position du soleil et de la lune dans le ciel, leur emplacement par rapport au reste de la scène et la façon dont ils se déplaceront au cours de l’après-midi.
Cependant, certains détails apparemment insignifiants lorsque l’on travaille à la lumière du jour se sont révélés être de véritables obstacles logistiques. Par exemple, j’ai été très surpris de constater la difficulté de faire la mise au point de l’objectif de l’appareil photo lorsque celui-ci est entièrement éclairé par le soleil et que la lumière de l’après-midi se reflète sur l’écran. Par ailleurs, j’ai l’intention d’utiliser une monture de suivi motorisée pour maintenir l’appareil photo pointé vers le soleil pendant toute la durée de l’éclipse. Pour que cet appareil fonctionne correctement, son axe de rotation doit être parfaitement orienté vers le nord. La nuit, cette opération peut être réalisée facilement en utilisant l’étoile Polaris comme point de référence, mais lorsqu’on ne peut pas voir les étoiles, il faut apprendre et pratiquer d’autres procédures d’alignement.

Enfin, la photographie du ciel nocturne n’est généralement pas une activité très rapide. Il est souvent possible de prendre son temps et de travailler méthodiquement. Au moment où la totalité se produit lors d’une éclipse solaire totale, les choses deviennent frénétiques. Il faut retirer les filtres solaires et modifier les réglages en l’espace de quelques secondes. C’est pourquoi une grande partie de ma préparation a consisté à me familiariser et à me sentir à l’aise avec le processus, ce qui m’a permis de vivre l’éclipse avec mes propres sens, plutôt que de me perdre complètement dans la photographie.
Que peuvent faire les débutants pour s’intéresser à la photographie du ciel nocturne et à l’astronomie dans son ensemble ?
La bonne nouvelle, c’est que vous n’avez besoin que de vos propres yeux et d’un ciel noir pour profiter de l’astronomie à un niveau élémentaire. Ça ne coûte rien ! Levez les yeux, et le Nouveau-Brunswick est riche en zones de ciel étoilé. Je vous recommande d’introduire un peu de direction dans une soirée d’observation des étoiles ou de photographie en téléchargeant l’une des nombreuses applications de référence du ciel nocturne sur votre téléphone intelligent (j’en utilise une qui s’appelle Sky Guide).
Entraînez-vous à localiser et/ou à photographier des éléments spécifiques dans le ciel, comme une constellation ou une planète particulière. Choisissez une cible avant de sortir et mettez-vous au défi de la trouver sans aide. Si vous n’y arrivez pas, pas de problème. La plupart des applications disposent d’un mode de réalité augmentée qui vous permet de regarder le ciel à l’aide de l’appareil photo de votre téléphone pour trouver votre cible. Non seulement cela introduit un objectif dans l’activité, mais cela vous aidera à commencer à voir le ciel nocturne comme étant plus qu’un simple fouillis d’étoiles. C’est à la fois une carte et une horloge.
Une fois que vous commencez à le voir comme tel, de nouvelles idées et de nouveaux objectifs à observer ou à photographier lors de vos futures sorties se formeront naturellement.

Une éclipse solaire totale passera au-dessus de l’Amérique du Nord dans l’après-midi du 8 avril. Plusieurs communautés néobrunswickoises seront dans le chemin de la totalité, ou de la presque totalité, et seront traitées à cette opportunité qu’on ne vivra qu’one fois. Pour voir si votre communauté pourra observer l’éclipse, visitez notre page qui contient une carte de la totalité.




