Naturaliste du NB en vedette – iNaturalist Canada: la science communautaire en action

Fédération canadienne de la faune (FCF); fondateur et administrateur d’iNaturalist.ca

Comme la nature elle-même, nos façons de découvrir et de comprendre celle-ci ont évolué. Mais alors que l’évolution naturelle s’étend sur des millénaires, nos méthodes d’étude de la nature ont progressé rapidement en très peu de temps, et aucune n’a évolué aussi vite que la technologie numérique que nous utilisons. Pourtant, jusqu’à très récemment, les technologies de pointe en science étaient réservées à des spécialistes hautement qualifiés
menant des recherches localisées. Mais aujourd’hui, au Canada, presque tout le monde, des adolescents aux personnes âgées, dispose d’un outil technologique et sait comment l’utiliser au service de la science de la conservation de la nature, souvent sans même s’en rendre compte. De la même manière que nous utilisons nos téléphones intelligents pour communiquer et partager notre quotidien, nous pouvons aussi partager et recevoir des informations précieuses pour la compréhension de notre monde naturel.

Observations enregistrées sur iNaturalist au Nouveau-Brunswick entre le 1er avril 2025 et le 1er avril 2026. Photo : iNaturalist.ca

Dans le domaine de la biodiversité, les scientifiques communautaires (des gens ordinaires qui fournissent des informations à la science) peuvent combler les lacunes dans les données que les chercheurs ne pourraient pas combler seuls, en grande partie parce que les scientifiques ne peuvent pas être partout. Un moyen pratique et efficace d’y arriver, c’est d’utiliser l’appareil que les gens ont déjà dans leur poche. L’une des initiatives de ce type qui connaît la croissance la plus rapide au Canada et ailleurs est iNaturalist, qui comprend une application simple mais à la pointe de la technologie, permettant aux gens de travailler en collaboration avec les scientifiques pour renforcer notre capacité à observer, enregistrer et préserver la faune. Au-delà de cela, chaque photo ou enregistrement sonore d’une espèce sauvage téléchargé via l’application iNaturalist ou en ligne sur iNaturalist.ca représente un moment où une personne s’est arrêtée pour prendre le temps de s’intéresser à la nature et de s’y connecter… et cela s’est produit plus de 22 millions de fois au Canada !

Certaines personnes utilisent l’application iNaturalist pour savoir immédiatement quelle espèce leur apparaît grâce au logiciel de reconnaissance d’images. D’autres apprécient les retours qu’elles reçoivent de véritables experts en biologie, qui commentent et aident à identifier leur observation une fois celle-ci téléchargée dans la base de données. Quant aux scientifiques et aux personnes curieuses de savoir ce qui a été publié autour d’elles, il leur suffit de consulter la carte et les listes d’espèces pour explorer et trouver des réponses à leurs questions. Beaucoup d’entre nous font partie de tous ces groupes et la quasi-totalité des utilisateurs d’iNaturalist sont désireux de contribuer à l’enrichissement des données sur la biodiversité, qui servent à prendre des décisions et à mener des actions de conservation pertinentes.

Même si cela ne semble pas toujours évident lorsque nous effectuons une observation sur iNaturalist, chacune d’entre elles constitue une information essentielle et peut s’avérer plus importante qu’on ne le pense. La Desmodie d’Illinois a récemment été redécouverte au Canada par une personne qui pensait qu’il s’agissait d’une plante plus commune (puisqu’elle n’avait pas été observée au Canada depuis plus de 40 ans), jusqu’à ce que l’observation soit repérée par une personne experte qui a aidé à l’identifier. Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada s’est appuyé sur cette observation et sur celles d’autres espèces en péril pour mener ses évaluations, qui ont conduit à l’inscription légale dans la Loi sur les espèces en péril du gouvernement fédéral. iNaturalist recense près de 450 000 observations d’espèces en péril au Canada, dont plus de 8 000 rien qu’au
Nouveau-Brunswick.

Le premier Anax ardent (Anax longipes) avait déjà été aperçu dans les Maritimes auparavant… mais c’est Denis Doucet qui a été le premier à en apporter la preuve photographique, pour une espèce bien plus courante dans les États du sud. Photo: Denis Doucet

On dénombre également quelque 900 espèces au Canada (dont 49 au N.-B.) qui, en juin dernier, n’avaient fait l’objet que d’une seule observation sur l’ensemble de la plateforme, ce qui est incroyable quand on sait que plus d’un demi-million d’espèces sont répertoriées sur iNaturalist à travers le monde. Grâce à la communauté, certaines d’entre elles ont depuis été observées à quelques reprises supplémentaires. En parlant de « premières fois », iNaturalist contient ce que l’on pense être la première preuve photographique de la présence d’une libellule rare au Canada dans les Maritimes (l’Anax ardent) et la première (parmi les rares) observation de la chouette des terriers, une espèce menacée, dans le Canada atlantique.

Une observation postée en 2025 d’une chouette des terriers, observée en 2017 par Paul B. Jones à Grand Manan ; il s’agit de l’une des rares observations enregistrées dans le Canada atlantique pour cet oiseau menacé d’extinction, que l’on observe principalement dans les Prairies.
Photo: Paul B. Jones

Les observations d’espèces rares et communes sont essentielles pour peindre une mosaïque de la biodiversité présente dans les villes canadiennes, sur les côtes escarpées, dans les zones rurales et au cœur de la nature préservée. Ces données ont été et continuent d’être utilisées pour des projets clés tels que la cartographie des Zones clés pour la biodiversité, fournissant des informations importantes pour les réserves naturelles telles que celles de la Fondation pour la protection des sites naturels du Nouveau-Brunswick (Nature Trust of NB). Elles constituent également la principale source de données pour le Rapport fédéral sur les espèces sauvages, permettant ainsi de sensibiliser le public. Et pour participer, il suffit de sortir et de prendre une photo ou d’enregistrer le chant d’un animal. Bonne exploration !

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