fbpx

Des oiseaux, de l’aube au crépuscule: un débutant s’initie au Recensement des oiseaux de Noël

Par Samuel LeGresley
Coordinateur des communications à Nature NB

Vous n’êtes peut-être pas au courant, mais à la fin de chaque année, de nombreux passionnés d’oiseaux à travers le continent attendent avec impatience le Recensement des oiseaux de Noël (RON) avec une ferveur qui rivalise leur enthousiasme pour le temps des Fêtes. Bien que cela puisse sembler inhabituel pour certains, le comptage des oiseaux joue un rôle crucial dans le suivi des populations d’oiseaux (malheureusement en déclin). Cette tradition perdure depuis 124 ans !

Dans ce premier numéro du Carnet de terrain NB (une nouvelle rubrique qui vous amène sur le terrain avec Nature NB), j’explore cette activité unique qui a le pouvoir de faire naître une passion pour l’ornithologie, surtout lorsqu’elle est partagée avec quelqu’un qui s’y connaît mieux que moi. Allons au cercle de comptage de Shediac, où 17 personnes ont dénombré 8 339 oiseaux de 60 espèces différentes.

5 h 30 à 6 h 30 – Quatre alarmes se sont succédé pour me rappeler de me réveiller à temps. Je ne suis pas très matinal quand il fait si sombre si tard, mais je fais une exception quand l’occasion me motive autant que celle-ci. Je gratte la glace sur la vitre de ma voiture et je vais rejoindre mon coéquipier, Pierre, à sa résidence de Dieppe. La journée s’annonce moins froide que je ne le pensais.

Nous nous rendons à Shediac, dans le détroit de Northumberland, pour commencer le décompte. Notre cercle a exactement le même diamètre que les milliers d’autres zones dans le monde. De son centre au pont de Shediac, le diamètre du cercle de 24 km, soit 15 miles. Cela représente beaucoup de terre ferme, mais aussi toute une partie du littoral et beaucoup d’océan. Nous avons été affectés à la lettre H (photo), qui couvre la majeure partie de la région de l’est du cercle.

8 h – Lever du soleil. Un Grand pic se fait remarquer par un battement d’ailes et un cri, sa silhouette balayant le ciel. Nous sommes arrivés à notre premier endroit pour une promenade matinale sur le sentier menant au pont de la rivière Scoudouc. Nous entendons le chant d’une Mésange à tête noire et voyons nos premiers Roitelets à couronne dorée.

Une fois arrivés au pont, nous entendons un étrange grincement qui s’est avéré ne pas être un oiseau du tout, mais la glace qui fondait et se répercutait sur la rivière en tombant. Les piliers du vieux pont, bien que pittoresques, n’ont pas été associés à la vue ou au son de nouveaux oiseaux. Nous avons continué à marcher jusqu’à l’autoroute, où nous avons vu un oiseau s’envoler rapidement, aux ailes brunes. Il s’agissait peut-être d’un faisan femelle ou d’une gélinotte, mais nous étions trop incertains pour la marquer.

9 h – Notre deuxième promenade nous amène sur le sentier de la nature de l’Association de plein air de Shediac. Nous avons été accueillis par un arbre dont l’écorce avait été arrachée, ce qui est probablement un signe d’activité du porc-épic. Là, nous avons essayé un enregistrement audio fait pour attirer les oiseaux. D’habitude, j’évite cette activité de peur de trop déranger les oiseaux avec un cri spécifique (cela peut être un vrai problème en période de reproduction, avec des oiseaux rares, ou quand vous le faites juste pour le plaisir), mais dans le cas de l’observation d’oiseaux en hiver dans un contexte scientifique, il est certainement utile de les attirer de cette façon.

Il y avait des mésanges et des roitelets tout autour, qui se disputaient notre attention. Nous avons vu quelques Grimpereaux bruns grimper le long des bouleaux et des conifères, et une Sittelle à poitrine rousse faire le contraire, c’est-à-dire descendre l’arbre comme elle le fait d’habitude. Un couple de bruants à gorge blanche s’est fait remarquer.

Photo: Pierre Janin

Nous visitons ensuite le chemin de terre Sainte-Anne. Il ne semble pas y avoir grand-chose à part d’autres Mésanges et Roitelets. Notre zone circulaire s’arrête sur cette route secondaire.

10 h – A l’extrême est du cercle de comptage se trouve un nouveau lotissement avec des rangées de conifères maigres qui semblent avoir été plantés là il y a longtemps. Les Mésanges et les Roitelets s’affrontent pour savoir lequel des deux serait le plus représenté. Les Mésanges, bien sûr, finiront par l’emporter.

En partant de là, nous avons vu des étourneaux sansonnets. Ces oiseaux naturalisés originaires d’Europe volent beaucoup, formant parfois des formations aériennes fascinantes appelées murmurations, mais ils sont plus faciles à compter lorsqu’ils sont perchés sur un fil téléphonique de manière ordonnée.

11 h – Nous nous rendons alors à Pointe-aux-Bouleaux sur la côte, le premier des trois caps de notre sous-zone. Techniquement, il y en a quatre, mais la plage de Parlee, Pointe-du-Chêne et du Bluff ont été pris en charge par une gentille bénévole locale. La plage de Pointe-aux-Bouleaux et les autres caps abritent toutes plusieurs espèces de canards de mer que je ne pouvais pas reconnaitre. Heureusement, mon coéquipier les connaissait. J’espère les apprendre toutes un jour, mais les canards ont tendance à avoir une courbe d’apprentissage assez raide. Hormis les trois goélands les plus courants à cette époque de l’année, nous avons vu un couple de canards à longue queue, un harle huppé et un garrot d’Islande. Nous avons également vu une volée d’oiseaux que Pierre a immédiatement reconnus comme étant des Plectrophanes des neiges, un nom assez long. Nous n’avons pas pu les voir de près, mais ils ont tous disparu au loin.

12 h – Après une pause rapide pour dîner, nous nous dirigeons vers le deuxième cap de la journée, le Cap-Bimet, où les Plectrophanes des neiges sont tous couchés dans l’herbe. Ce sont des oiseaux magnifiques. Je découvrirai plus tard qu’on les appelait autrefois Bruants des neiges, mais qu’ils sont maintenant reclassés en leur noma ctuel en raison d’un autre oiseau européen portant le même nom. Une courte promenade le long des hautes herbes des marais sauvages n’a pas révélé d’autres résidents.

Photo : Pierre Janin

13 h – C’est l’heure de la lagune. Ce centre de filtration des eaux usées, construit par la Commission des égouts du Grand Shediac, n’est pas seulement l’endroit où vont les oiseaux, mais aussi les ornithologues ! Le club nature local dispose depuis longtemps d’une plate-forme d’observation permettant de voir toutes les activités des oiseaux qui s’y déroulent. Une recherche rapide après le voyage m’a conduit à cet article d’un expert d’Oiseaux Canada. Il m’a montré non seulement que les oiseaux aquatiques aiment les lagunes à cause des larves de moucherons qui y prolifèrent, mais aussi que certains canards, comme l’Érismature rousse (Ruddy Duck), ont été amenés ici à cause des lagunes qui ont vu le jour ces dernières années. Parmi les goélands, nous avons compté plus de 200 bernaches, bien sûr, mais aussi de nombreux canards noirs et quelques canards d’Amérique, de nombreux garrots à oeil d’or et trois fuligules.

Dans la région des chalets, après avoir vu d’autres canards dans les eaux lointaines, deux bruants hudsoniens, reconnaissables à leur crête rouge, nous ont fait l’honneur de leur présence.

14 h – À cette heure-ci, il restait encore deux heures de clarté. Nous avons terminé par un retour à la case départ, dans les sentiers de l’Association de plein air de Shediac du début de la journée.

Un long chemin de terre nous a conduits à la rivière Scoudouc, où les mésanges et les roitelets abondaient à nouveau. Sur le chemin du retour, nous avons remarqué une masse noire sur le sentier. Nous nous sommes cachés discrètement parmi les arbustes pour laisser passer un porc-épic. Ce fut une belle fin pour cette fascinante excursion.

16 h 30 – Coucher du soleil. Tout le monde se rassemble au Centre multifonctionnel de Shediac pour compter les oiseaux que nous avons dénombrés ce jour-là. Les ornithologues sont tous.tes très expérimenté.e.s, et je suis heureux que Pierre ait assez d’expertise pour permettre au débutant que je suis de réussir dans cette aventure. Nous avons compté en parcourant une liste d’oiseaux, un par un, puis en nous promenant dans le cercle de comptage par ordre alphabétique pour indiquer le nombre d’oiseaux de l’espèce observée ce jour-là. Une fois que tout a été compté, nous avons pris une photo de groupe ; pour un seul cercle, il a fallu 17 observateurs pour compter une zone entière en une journée !

Je ne verrai plus jamais l’observation des oiseaux de la même façon et je recommencerais la semaine prochaine si je le pouvais ! Que le RON continue d’introduire de nouveaux ornithologues et d’aiguiser les sens et les capacités de reconnaissance de ceux qui sont déjà expérimentés. Je sais que le nombre d’oiseaux ne signifie pas grand-chose pour les non-initiés, mais c’est lorsque vous les comparez à votre propre comptage et à ceux des années précédentes que les choses deviennent plus claires. Pour moi, c’est là où la participation devient intéressante. Comme il s’agit de mon premier comptage, je ne peux que deviner à quel point il doit être fascinant de voir la même zone à travers les années, de voir son changement dans les nombres d’oiseaux, le développement de ses bâtiments et la transformation de sa nature.

En attendant le rapport résumant le Recensement des oiseaux de Noël de 2023-2024, vous pouvez lire l’histoire du Recensement des oiseaux de Noël au Nouveau-Brunswick dans notre numéro spécial du Naturaliste du Nouveau-Brunswick.

Retour en haut