William H. Moore – Le premier participant au Recensement des oiseaux de Noel

//William H. Moore – Le premier participant au Recensement des oiseaux de Noel

 

Il était 9 heures du matin, le matin de noël 1900. C’était le moment où, selon les données de la National Audubon Society, «Wm. H. Moore de Scotch Lake du Comté de York, Nouveau-Brunswick» est devenue le premier participant au Recensement des oiseaux de Noel.

Après avoir sorti de sa maison de ferme ce matin-là, Wm. H. a fait ce que les participants au Recensement des oiseaux de Noel font aujourd’hui. Il a pris en note la température, les nuages et le vent. De plus, il a noté non seulement le nombre d’espèces, mais également le nombre d’individus de chaque espèce.

La figure ci-dessous montre que Wm. H. était à l’extérieur pour une durée d’une heure et a trouvé 36 oiseaux de 9 différentes espèces. Ou, a-t-il vraiment? Comme peut arriver avec n’importe quel ensemble de données, il y a une disparité dans le rapport de 1900. Le résumé indique 9 espèces mais seulement 8 sont listées. Y a-t-il eu une erreur de transcription, une erreur de frappe dans le total, ou y a t-il une espèce manquante? À moins que le rapport original de Wm. H. existe encore quelque part, nous ne le saurions peut-être jamais.

Le Canada a eu un autre participant à ce premier Recensement des oiseaux de Noel. E. Fannie Jones a commencé à compter les oiseaux de cette façon quelque part à Toronto vers 11h30 ce matin de noël là, notant que le temps était clair avec des vents légers et la température, juste au-dessus du point de congélation. Elle a fait beaucoup d’effort, continuant son recensement jusqu’à ce qu’il fasse presque noir à 4h30, identifiant 41 oiseaux de 4 espèces—peut-être pas aussi impressionnant comparé aux années récentes lors desquelles le relevé de Toronto inclut plus de 90 espèces, mais Wm. H. et Fannie avait-ils même des jumelles rudimentaires? Ils n’avaient certainement pas des douzaines d’autres personnes couvrant la région avec eux, tels que le font plusieurs groupes aujourd’hui.

Ni Fannie ni Wm. H. n’ont fait note de la distance couverte ni leur mode de transport, comme le font les participants d’aujourd’hui. Avec la voiture Modèle T pas encore en production jusqu’à une autre dizaine d’années, c’est presque certain qu’ils ont marché.

Ce premier noël d’un nouveau centenaire était un temps formatif en Amérique du Nord. Le Canada avait alors moins de 35 ans, et les États-Unis venaient tout juste de sortir d’une guerre civile dévastatrice qui s’est terminée juste deux ans avant la création du Canada. Dans le monde naturel, une idée se pointait, celle que l’espèce humaine, avec son pouvoir de changer, de contrôler et de détruire son environnement, devait aussi prendre soin de cet environnement.

William Moore, autour du temps qu’il est devenu le premier participant au Recensement des oiseaux de Noel. (Photo du Musée du Nouveau-Brunswick,; recadré à partir de File X10982)

Le Recensement des oiseaux de Noel fut proposé comme une alternative à un évènement qui était, à ce temps populaire, mais qui semble présentement insensé, la chasse de noël d’équipe. Cette chasse impliquait une ou plus d’équipes, qui se rendaient dans les champs, les boisés et près des cours d’eau afin de tirer sur tous les êtres vivants qu’ils pouvaient trouver. L’équipe avec la plus grosse pile de plumes et de fourrure à la fin de la journée fut déclarée vainqueur. Avec des activités comme ceci, des gens en Amérique du Nord et en Europe commençaient à réaliser que la survie de l’espèce humaine dépendait de la protection de d’autres espèces. Wm. H. ne s’est pas levé assez tôt pour être le premier participant au Recensement des oiseaux de Noel au monde. Quelques personnes en Nouvelle-Angleterre et plus au sud ont commencé leurs recensements à 7h30. Mais Wm. H. et Fannie faisaient partie d’un très petit groupe, comme seulement 27 observateurs, représentant 25 régions de recensement, surtout autour de la région de New York et de la Nouvelle Angleterre, mains incluant des régions en Floride et en Californie, ont participé dans le premier Recensement des oiseaux de Noel. Aujourd’hui, les 50,000 participants du Recensement des oiseaux de Noel comptent des oiseaux dans près de 3 000 cercles de compte et font partie du projet de science citoyenne le plus ancien et le plus grand en Amérique du Nord.

Les nombreux bénévoles qui coordonnent les Recensements des oiseaux de Noel ces jours-ci trouvent que la logistique et la communication peut devenir intimidante, parfois—mais aurait-ce été plus facile à organiser en 1900? Comment l’information sur le Recensement des oiseaux de Noel s’est-elle disséminée en Amérique du Nord pour atteindre un fermier dans une  région rurale du Nouveau-Brunswick, au Canada?

Le rapport des résultats n’a pas pu être facile non plus. Considérez que Wm. H. et 26 autres participants de partout en Amérique du Nord ont écrit leurs observations et les données météorologiques à la main—ou dans certains cas, peut-être à l’aide d’une nouvelle machine, une machine à écrire. Ils auraient ensuite envoyé leur rapports par la poste—utilisant une enveloppe et un timbre—à la Société Audubon à New York. Et par février 1901, les résultats, ainsi que plusieurs autres articles, furent publiés dans un magazine nommé «Bird Lore» et envoyé à des abonnés partout en Amérique du Nord. Pas mal pour il y a plus d’un siècle.

Mais qui était Wm. H. Moore?  Nous savons qu’il est né en 1869 et était un fermier près de la petite communauté de Scotch Lake, en amont de la rivière Saint John à partir de Fredericton. Il n’était pas le seul membre de sa famille qui était impliqué dans les activités de plein air. Il avait un frère et des neveux qui construisaient des canots, avaient des camps de pêche et travaillaient comme guides de chasse. Wm. H. avait été intéressé aux oiseaux toute sa vie, et donnait fréquemment des présentations au sujet de la nature à des écoles et des enseignants. Il était l’auteur de «Une liste des oiseaux du Nouveau-Brunswick» en 1928 et avait des carnets de note substantiels qui sont accessibles dans les archives du Musée du Nouveau-Brunswick aujourd’hui. Il a commencé à apprendre la taxidermie par lui-même à l’âge de 14 ans et vers 1899, a préparé la peau de l’une des dernières tourtes voyageuses en Amérique du Nord.

Plus de 200 de ses spécimens d’oiseaux sont encore disponibles pour l’étude au Musée du Nouveau-Brunswick.

Comme beaucoup des naturalistes de son temps, Wm. H. a fait des observations sur tout en nature, des taupes à des plantes florissantes et des orignaux, à l’étoile du nord. En particulier, il a noté les différentes positions de l’étoile du nord pendant ses voyages de 1929-30, quand il a traversé le Canada avec sa fille, Nettie, pour se rendre en Colombie-Britannique, puis de retour à la maison via le Canal du Panama, la ville de New York et Saint Jean, Nouveau-Brunswick. À Vancouver, Wm. H. a noté la présence d’étourneaux européens (relâchés dans le parc Central de New York vers 1890) et a espéré qu’ils ne se rendraient pas à Scotch Lake. L’un de ses spécimens de taxidermie des années 1930 est un étourneau européen de Scotch Lake!

Nettie était une naturaliste dévouée elle aussi, et il est intéressant de voir l’évolution des noms d’oiseaux entre ses notes et les notes de son père. Un «Golden-winged Woodpecker» pour son père (et Jean-Jacques Audubon aussi) était un «Yellow-shafted Flicker» pour Nettie—et un Pic flamboyant aujourd’hui. Pas pour s’opposer aux changements, mais un «Goldeb-winged Woodpecker» («Pic à ailes dorées»), n’est-ce pas un nom merveilleux?

Pour des raisons inconnues, Wm. H. a jamais participé dans un autre Recensement des oiseaux de Noel, mais il serait peut-être intéressé à savoir que son territoire de Scotch Lake est dans le cercle de compte de Mactaquac Count, qui est une zone active du recensement depuis au moins les dernières 50 années.

Justement, Wm. H. Moore, qui est décédé en 1950, et sa fille Nettie, qui est décédée en 1980, sont tous les deux enterrés à l’intérieur du cerce de compte.

Deux espèces convoitées du Recensement des oiseaux de Noel—Le Mésangeai du Canada et le Durbec des pins; Spécimens de taxidermie de William Moore du début des années 1900. (Des Collections du Musée du Nouveau-Brunswick)

 

Vous voulez participer au Recensement des oiseaux de Noel de cette année? Visitez Études d’oiseaux Canada pour davantage d’information :

https://www.birdscanada.org/volunteer/cbc/index.jsp?lang=EN

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Écrit par Donald MacPhail avec de l’information de David Myles, Jim Wilson et les employés et les archives du Nouveau-Brunswick.  David, Jim et Don sont tous des participants au Recensement des oiseaux de Noel de longue date.

2018-11-22T16:20:31+00:00